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  06 11 2009


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(dernière mise à jour: 19 08 2009)



Mardi 16 octobre 2007


Les idées réformatrices de Luther trouvèrent à Strasbourg un terrain de prédilection – dès 1520, plus de vingt écrits de Luther sont imprimés à Strasbourg. Elles purent s’y développer avec beaucoup de liberté grâce à l’écho que leur fit le Magistrat de la ville. Mais l’on sait aussi que tout au long du Moyen-âge, Strasbourg a été traversée de courants religieux revendiquant une liberté de pensée religieuse. On trouve des traces d’ « hérétiques » dès les années 1200 qui semblent avoir été, à la suite du strasbourgeois Ortlieb, des adeptes des idées cathares – « frères et soeurs du libre esprit », et que le supplice par le feu en 1212 de quelques 80 d’entres eux n’éradiqua pas (voir le chapitre « Die Ketzerbewegung » dans l’ouvrage de Lucien Pfleger, Kirchengeschichte der Stadt Strassburg im Mittelalter, publié en 1941, pp 99-103). Les fondations pour béguines et béguards, soupçonnées d’en être inspirées, souffrirent des persécutions. Les valdésiens apparurent vers la fin du 14ème siècle (Geiler von Kaisersberg les condamna dans ses prédications) et enfin les idées du pré-réformateur Jan Hus provoquèrent une condamnation au bûcher de Friedrich Reiser et sa compagne Anna Weiler en 1458 – exécution au sujet de laquelle il est dit que le Magistrat n’y consentit qu’à regret (voir K. Stenzel, « Die geistlichen Gerichte à Strassburg im 15. Jahrhundert », in : ZGORh 30 (1915), pp 435s).
Les « abus » contre lesquels s’élèvent les réformateurs n’étaient pas seulement le fait d’une sorte de décadence caractéristique du 15è siècle finissant, mais plutôt de l’ordre de l’exercice d’un pouvoir qu’une liberté de pensée risquait de mettre en cause ou d’affaiblir.

Le couvent touché par les idées réformatrices
Le couvent des « wilhelmites » jouissait d’une bonne réputation au début du XVIè siècle. Jacques Wimpfeling, dans un écrit « Über die Unbescholtenheit » (« à propos de l’irréprochabilité») dédié à son disciple Jacques Sturm, loua le sérieux des moeurs et la piété des guillemites qui se seraient distingués par rapport aux autres confréries strasbourgeoises. Certes, il fut un temps, - l’on était au XVè siècle finissant - où même les moines de Saint-Guillaume se faisaient montrer du doigt pour leur esprit de vénalité. Le magistrat avait alors invité la population à n’entreprendre de commerce avec les moines qu’en contrepartie d’un paiement en espèces sonnantes. Wimpfeling était un fidèle du couvent. Il y fit des « retraites » studieuses, mais il n’entra pas vraiment dans le mouvement réformateur, bien que Jacques Sturm lui écrira : « Si je suis un hérétique (ein Ketzer), c’est que vous m’avez ainsi fait ».
Peu de détails sont livrés par l’histoire sur le devenir du couvent. Visiblement, les idées des réformateurs, contrairement à ce qui est parfois affirmé, n’ont pas manqué de pénétrer au couvent, puisque le prieur Ludwig Dietmar, dès 1524, en était venu à faire le choix de se défroquer pour prendre la charge de prédicateur évangélique (pasteur) de la paroisse de Ell, près de Benfeld, qui appartenait au couvent. On peut dire que Dietmar est dans le mouvement dès le départ – Matthieu Zell à la cathédrale, dès 1521-22, et Martin Bucer à Wissembourg en 1522-23, prêchaient dans le sens des idées de Luther.
Gustave Lasch, Geschichte der wilhelmer Kirche, p. 34, rapporte les circonstances de ce départ en citant (s’agit-il du rapport des administrateurs nommés par le Magistrat pour le représenter au sein du conseil de direction du couvent, Ullmann Böcklin et Paul Pathener ?) : « Der Prior zu den Wilhelmern will nicht mehr im Kloster sein, sondern den Habitum usschüteln und begehrt sein zugebracht samt erkauftem Gut zurück ; dazu will er die Pfarrei Ell behalten ».  Dietmar aurait donc demandé à reprendre possession des biens qu’il avait apporté au couvent et de garder la direction de la paroisse d’Ell. Il obtint satisfaction sur ce dernier point. On l’y retrouve encore, en 1535, comme pasteur évangélique. Ses conditions de vie devaient être difficiles, il s’était plaint de ses faibles revenus à Bucer et Hédio venus y faire la première « visitation ». Il obtient ensuite la charge de chapelain à l’hôpital jusqu’en 1540, pour prendre, toujours à sa demande, les fonctions d’intendant du couvent de St Guillaume.

Les débats d’idées ont-ils pour autant touché le couvent en profondeur ? Sous la direction du nouveau prieur Jean Rixinger, les moines restèrent sur leurs positions. La vie au couvent était sans doute de plus en difficile, notamment du fait de la baisse des revenus. Les enterrements dans l’enceinte du couvent qui étaient une source appréciable de revenus cessèrent en 1527. Les moines en vinrent à vendre du mobilier, ainsi des objets du culte cédés aux guillemites de Haguenau. En 1533, le prieur prit en compte la demande des moines de confier le couvent et l’église au Magistrat contre une rente annuelle versée aux occupants.
Saint-Guillaume devient une paroisse protestante
Les bateliers et les pêcheurs qui vinrent à St Guillaume pour la messe, avaient demandé au Magistrat, dès 1524, et par l’intermédiaire de Saint-Etienne dont ils dépendaient officiellement au titre de paroisse, la mise à disposition d’un prédicateur évangélique.
L’établissement de la Fondation Saint-Etienne, qui accueillait des femmes nobles, résista à l’arrivée des idées réformatrices. Ce n’est qu’en 1534 que le Conseil décida l’attribution d’un prédicateur à St Guillaume. Mathieu Zell fut chargé d’y affecter l’un de ses assistants (vicaires). Ce sera Caspar Steinbach de Rotweil qui sera le premier pasteur de St Guillaume, bientôt assisté de Jean Lenglin de Ravensbourg. L’on sait peu de choses de cette période, si ce n’est que 1542, Steinbach prit les fonctions de prédicateur militaire pour accompagner le détachement strasbourgeois en partance pour prendre part à la lutte contre les Turcs. Lenglin resta en poste à St- Guillaume jusqu’à sa mort en 1546. Il avait été conjointement prédicateur au couvent de Saint-Nicolas-aux-Ondes et chanoine de Saint-Etienne.
(A suivre)
Ernest Winstein



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Joutes nautiques/ BALDNER 1666 - Musée historique STRASBOURG. Photo NLM
Au centre, une représentation de Saint-Guillaume.
Par la paroisse de Saint-Guillaume - Publié dans : Histoire
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